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11 janvier 2011

David Cronenberg I Love You !

Si vous êtes un tant soit peu cinéphile et que vous aimez trembler sous la couette, vous n'êtes sûrement pas passé à côté des oeuvres fascinantes et dérangeantes de David Cronenberg.

A quelques exceptions près, tous les films de ce cinéaste Canadien traitent des mêmes thèmes: nos pulsions, le double, la folie, et la mutation de notre corps par la technologie. Et ce à des degrés plus où moins prononcés et sous des approches différentes mais toujours avec intelligence, sur les modes du fantastique, du gore, du drame psychologique ou du thriller.

Plusieurs de ses films traitent notamment ce thème dans une approche Cybernétique, une des sciences de la communication des systèmes organisés étudiant tout particulièrement la fusion homme-machine (cyborgs et intelligence artificielle, dans leurs formes les plus connues). Cette science est éminément sérieuse et progresse à grands pas, et dans un futur plus ou moins proche nous serons dans le vif du sujet... je vous renvoie ici à mon article un peu alarmiste sur le Web n.0.

En cela Cronenberg est un cinéaste visionnaire et un véritable artiste dans son genre, car préoccupé par cette thématique récurrente il n'a de cesse, en exagérant nos évolutions et celles de notre époque tout au long de son oeuvre, d'en disséquer les mécanismes pour nous amener à nous interroger sur notre présent, notre futur et ce qui caractérise notre humanité.

Petite filmographie (sélective).

  • Videodrome (1982)

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Synopsis: Max Renn, patron d'une petite chaîne câblée racoleuse, capte par hasard un mystérieux programme-pirate dénommé Vidéodrome. Mettant en scène tortures et sévices sexuels, son visionnage provoque peu à peu chez le spectateur des hallucinations et des mutations physiques. La frontière entre réalité et univers télévisuel devient bien mince, et la folie guette...

Commentaire: Dans ce film, Cronenberg s'interroge sur les relations acteur/spectateur, fiction/réalité et corps/technologie. La télévision y est décrite comme un outil dangereux de manipulation, mais également capable de faire évoluer les corps, les consciences et de donner le pouvoir à ceux qui la regardent.

Scène culte: Le ventre de Max Renn s'ouvre et il y plonge sa main armée d'un pistolet.

  • La Mouche (1986)

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Synopsis: Un inventeur crée un système de téléportation, mais alors qu'il tente l'expérience sur lui-même une mouche s'introduit dans l'appareil. L'homme en ressort génétiquement modifié et se transforme peu à peu en insecte géant.

Commentaire: Son film le plus connu. La transformation physique du héros nous vaut quelques scènes gore absolument effroyables, puis arrive sa transformation psychique. L'homme d'abord grisé par ses nouveaux pouvoirs puis horrifié par sa dégénerescence physique, finira par assister impuissant à la perte son humanité, devenant pulsion et instinct à l'image d'un insecte/machine qui le dévorera de l'intérieur.

Scène culte: Seth Brundle assiste horrifié à sa dislocation physique dans sa salle de bains.

  • Faux Semblants (1988)

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Synopsis: Deux jumeaux parfaits et gynécologues renommés partagent le même cabinet. Beverly Mantle est sensible et introverti et conçoit leurs instruments, Elliott Mantle est froid et sûr de lui et assure les relations publiques. L'équilibre qu'ils ont établi sera bouleversé par l'irruption de Claire Niveau, une actrice célèbre dotée de 2 utérus.

Commentaire: Un huis-clos chirurgical sobre, impeccable et glacé, une poignante descente aux enfers dans la folie et l'autodestruction. Claire incarne la rupture qui amènera pour la première fois les 2 frères à se différencier et à se "séparer". L'opération que les jumeaux vont tenter sur elle est une métaphore de leur propre tentative de séparation... à moins qu'il ne s'agisse de leur pulsion inconsciente de tuer Claire pour mieux se retrouver? Le jeu d'acteur de Jeremy Irons, qui incarne les jumeaux Mantle, est impressionnant de subtilité.

Scène culte: Claire tente (en vain) de réconcilier les 2 frères dans une scène troublante de slow à 3.

  • Le Festin Nu (1991)

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Synopsis: L'enquête imaginaire et hallucinatoire de William Lee, chasseur de cafards et écrivain, alors qu'il s'enfonce dans drogue, la folie, la paranoïa et l'écriture.

Commentaire: Adapté d'un roman de William S. Burroughs, Le Festin Nu longtemps considéré comme inadaptable, Cronenberg choisit de méler dans ce film le roman de Burroughs à des passages purement autobiographiques de l'écrivain, en y insérant au passage ses propres démons. Ainsi les machines à écrire prennent vie sous l'apparence de cafards, les prédateurs homosexuels prennent vie dans les hallucinations de Lee sous la forme d'araignées charnues, ou les mugwumps (cf photo) distillent un liquide alcoolique/sémiotique et toxicomane prodiguant l'inspiration et la folie. Le résultat est un film Kafkaïen inclassable et déroutant dans lequel l'acteur principal, Peter Weir, se surpasse. On aime où on déteste, moi j'adore.

Scène culte: L'assassinat de sa femme par William Lee, façon "Guillaume Tell" moderne.

  • Crash (1996)

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Synopsis: Accidenté de la route, James Ballard lie une étrange relation avec Helen Remington, la personne qu'il a heurté. Cette relation et sa rencontre avec Vaughan, un être malsain fasciné par les accidents de voiture, mèneront James, sa femme une prostituée accidentée prénommée Gabrielle à une dangereuse obsession: atteindre ensemble l'orgasme dans des accidents de voiture toujours plus violents.

Commentaire: Véritable film-choc souvent incompris, l'ambiance est extrèmement malsaine et morbide. Les accidents peuvent être perçus comme des tentatives des protagonistes d'automutilation, le prix à payer nécessaire pour atteindre le but ultime, ce "crash" protéiforme symbole de l'accident, de l'orgasme et de la mort. La modification des corps par la technologie est ici violente et son résultat est incarné par Gabrielle, insecte sexy piégée dans un carcan orthopédique de cuir et de métal. La réalisation est virtuose, sublimée par les musiques d'Howard Shore, fidèle compagnon de route de Cronenberg, et les acteurs sont impeccables. Le film atteint donc pleinement ses buts: montrer un cinéma radicalement différent et marginal, divertir et choquer.

Scène culte: Vaughan se livre à une reconstitution publique de la mort de James Dean.

  • eXistenZ (1999)

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Synopsis: La démonstration d'un jeu vidéo d'un genre complètement nouveau (les protagonistes branchent leur "pod", sorte de console de jeux organique, sur leur corps et vivent l'espace d'un instant dans une réalité virtuelle) tourne mal. Ted Pikul, garde du corps, sauve Allegra Geller, la conceptrice du jeu des griffes d'un groupe d'opposants aux jeux-vidéos. Alors qu'ils fuient, allegra initie Ted au jeu et tous deux plongent dans un monde virtuel ou les allusions à leur situation réelle sont de plus en plus présentes. Ils se prennent au jeu et mènent leur enquête, alors que la frontière entre jeu-vidéo et réalité devient de plus en plus mince.

Commentaire: Les technologies mises en scène dans eXistenZ par Cronenberg n'ont jamais été aussi organiques et gluantes. Les "pods", sortes de méduses respirantes, s'enfichent par un "cordon ombilical" dans un "anus artificiel" greffé à la base de la moelle épinière. Se brancher au jeu devient un acte érotique, jouer en constitue tout le plaisir. De nombreuses références aux codes des jeux vidéo d'aventures sont présents: enigmes, objets à collecter/assembler pour progresser, personnages stéréotypés et agissant en boucle jusqu'à ce qu'une action les débloque pour passer au niveau suivant. La récurrence des thèmes corps/technologie et réalité/virtualité le rapprochent de Vidéodrome (et pour cause, ce sont les deux seuls films de Cronenberg dont il ait signé les scénarios).

Scène culte: Ted et Allegra cèdent à leurs pulsions de jeu dans un restaurant chinois.

  • A History of Violence (2005)

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Synopsis: Tom Stall, père d'une famille tranquille dans une petite ville tranquille, abat avec une viloence inouïe les malfaiteurs qui s'en prenaient à son restaurant, ce qui lui vaut le statut de star locale. Alors que Tom ne désire que retourner à l'anonymat, il est retrouvé par des hommes dangereux qui croient reconnaître en lui Joey Cusack, l'homme qu'ils recherchent. Le doute sur son passé s'installe à mesure que Tom Stall/Joey Cusack doit se battre pour protéger les siens.

Commentaire: Cronenberg met ici en scène la dualité d'un homme et la dégénérescence d'une cellule, la cellule familiale, qui va devoir se modifier/se révéler pour retrouver son équilibre. Cette métamorphose est en plein dans les thématiques de Cronenberg, mais ici point de science-fiction ni de bestioles. Tout est beaucoup plus subtil, le monstre est tapi dans l'ombre, dans les êtres et sous leurs toits. Le thème principal est la violence, et celle-ci est toujours sous-jacente, préférant sourdre lentement avant d'exploser par a-coups dans plusieurs scènes fulgurantes.... et terriblement efficaces, forcément.

Scène culte: La scène de sexe entre Tom Stall et sa femme dans l'escalier.

 

------------------------------------ FILMOGRAPHIE COMPLETE ------------------------------------

1969 : Stereo
1970 : Crimes of the Future
1975 : Frissons (Shivers ou The Parasite Murder)
1977 : Rage (Rabid)
1979 : Fast Company
1979 : Chromosome 3 (The Brood)
1981 : Scanners
1982 : Videodrome
1983 : Dead Zone (The Dead Zone)
1986 : La Mouche (The Fly)
1988 : Faux-Semblants (Dead Ringers)
1991 : Le Festin Nu (Naked Lunch)
1993 : M. Butterfly
1996 : Crash
1999 : eXistenZ
2002 : Spider
2005 : A History of Violence
2007 : Les Promesses de l'Ombre (Eastern Promises)

(2011 : A Dangerous Method)

 

Écrit par Le Tatou Terrien dans Zapper | Lien | Commenter (0) | |

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